Entrevue avec Véronik Tanguay

Cette entrevue a été réalisée par L’Herbothèque et a été publié dans son journal Terre de Vie du printemps 2012. Pour en savoir plus : www.herbotheque.com

 

Chronique vivre l’herboristerie: Véronik Tanguay

Par Johanne Fontaine,

herboriste

 

Véronik est herboriste-thérapeute accréditée par la Guilde des herboristes, naturopathe, aromathérapeute et accompagnante à la naissance. Elle prépare en ce moment, conjointement avec Mikael Zayat, le cours d’aromathérapie qui sera offert par l’Herbothèque. Voici le parcours d’une jeune femme inspirante et déterminée.

Johanne Fontaine : Est-ce qu’il y a un évènement ou des signes durant ton enfance qui te prédestinaient à aller vers les médecines alternatives?

Véronik Tanguay : Pas directement. Ma mère était quand même assez ouverte. Elle avait introduit le pain brun; elle faisait des jus de carotte. Il y avait déjà une bonne ouverture dans la famille. C’est vraiment plus tard que j’ai eu la piqûre des fleurs séchées quand c’était à la mode. Je faisais des beaux arrangements de fleurs séchées et je me suis mise à cultiver mes propres fleurs pour les transformer moi-même. J’avais besoin d’un jardin et mon père m’a aménagé un espace. C’est là que j’ai eu la piqûre de la culture des plantes.

J.F. : Tu étais toujours chez tes parents à ce moment-là?

V.T. : Oui, j’avais 15 ans. J’avais fait ma carte d’affaires et cela s’appelait Des fleurs pour la vie. Les gens me contactaient pour avoir des arrangements de fleurs séchées ou des fleurs séchées en vrac.

J.F. : Tu avais déjà l’esprit entrepreneur à cet âge-là!

V.T. : Je suis née avec cela. Ma mère m’a toujours dit : « Quand tu avais quelque chose dans la tête, il n’y avait rien à faire pour te l’enlever. »

J.F. : La détermination, c’est bon, mais il est certain que quand on est parent d’un enfant déterminé, cela peut être un défi par moment.

V.T. : Une de mes filles a hérité de ces gènes-là. La deuxième de mes trois filles qui est bien déterminée et plus intense, mais les trois ont tout de même un bon caractère. La deuxième est vraiment plus intense, plus explosive, autant de joie que des autres émotions.

J.F. : Tu avais donc ta petite entreprise de fleurs séchées pendant que tu étais adolescente.

V.T. : Oui et j’hésitais pour mon choix d’études au CEGEP. J’aimais beaucoup la relation humaine, alors je me suis dirigée vers la psychologie en sciences humaines, et je continuais la culture de fleurs séchées à la maison. Puis, j’ai réalisé que je ne me voyais pas en psychologie, dans un bureau toute la journée à écouter les clients. D’autant plus que je voyais ma passion grandir pour la culture des plantes. Finalement, après une année en sciences humaines, j’ai opté pour la formation en technique de production horticole et de l’environnement à l’Institut de technologie agroalimentaire (ITA) de St-Hyacinthe.

J.F. : Une formation qui dure combien de temps?

V.T. : Trois ans.

J.F. : C’est vraiment une technique au CEGEP. Certains le font en accéléré en un an. Est-ce que c’est l’équivalent?

V.T. : Je pense que la formation en un an est plutôt un diplôme d’études professionnelles (DEP) plutôt qu’un diplôme d’études collégiales (DEC) comme je l’ai fait.

Plus j’avançais dans ma formation en production horticole, surtout pendant ma dernière année de formation, ma passion des fleurs séchées s’est transformée en passion pour les plantes médicinales. J’ai commencé à ce moment-là le cours HerbArt. Puis je suivais des formations avec Anny Schneider qui venait à l’ITA pour donner des formations continues sur la production et la transformation des plantes médicinales. Donc, je manquais mes cours réguliers de technique pour assister à la formation continue. Je trouvais cela vraiment passionnant. Pour mon projet final de technique, on devait simuler un démarrage en affaires, et moi, je l’ai fait pour de vrai. J’ai parti mon jardin de vie qui était à Brigham. J’ai eu l’occasion de me faire prêter une grande terre qui avait été en jardin l’année précédente. C’était un très grand champ de 100 000 pieds carrés.

J.F. : Est-ce que tu cultivais toute la superficie?

V.T. : Oui. Il y avait un champ de citrouille pour 40 000 pieds carrés dont je m’occupais également, et le reste, c’était des plantes de mon choix. J’avais fait des bandes de terre qui étaient entre 40 et 60 pieds de long, puis j’avais semé un engrais vert entre les bandes pour que l’on puisse marcher. Sur chacune des bandes, il y avait de la production de fines herbes, légumes de fine cuisine, fleurs comestibles et plantes médicinales. J’avais contacté des tables champêtres de la région pour vendre mes légumes et mes fines herbes. L’entreprise qui m’avait laissé le terrain a eu de la difficulté au niveau de la législation de leur emplacement, donc ils n’ont pas pu ouvrir au public tel que prévu. Donc, personne n’a pu venir visiter mon jardin au début de l’été. Il faut dire que j’étais un peu en retard sur la saison, car j’avais terminé mes cours seulement en juin. Quand on a finalement ouvert au mois d’août pour les pommes, mon jardin était vraiment à son plus beau. J’étais bien contente. Les gens venaient visiter le jardin. Il y avait une petite voiturette qui faisait une ballade pour les amener au jardin en bas, ensuite qui les ramenait au verger situé plus haut, et ensuite à l’accueil. Je ne pouvais être au jardin et à l’accueil en même temps, donc j’avais fait des pancartes pour toutes les plantes au jardin. Cela décrivait la plante et ses propriétés médicinales, puis j’attendais les gens à l’intérieur où je préparais des salades avec les légumes et les fleurs comestibles du jardin. Je faisais sécher des plantes; j’avais donc aussi des tisanes en dégustation. Cela se passait les week-ends.

J.F. : Cela a duré un été?

V.T. : Oui, parce que c’est là que j’ai rencontré Mikael Zayat, qui est venu visiter le jardin. Il m’avait dit : « Tu viendras me voir. » Il n’y avait pas de projet vraiment défini, mais j’étais allée le voir car j’avais besoin de bouteilles et je ne savais pas où me les procurer. J’allais aussi porter des CV un peu partout dans la région, car c’était la première année où je ne retournais pas à l’école après les vacances d’été. Finalement, je me suis accroché les pieds chez Mikael et je travaille avec lui depuis ce temps-là. Mais j’ai toujours continué à me former quand même parallèlement. J’ai fait un cours en naturopathie que j’ai terminé en 2004, et ensuite un cours en accompagnement à la naissance.

J.F. : Cela fait combien de temps que tu travailles avec Mikael?

V.T. : Cela fait 10 ans.

J.F. : Donc, cela fait 10 ans que vous êtes associés dans l’entreprise Jardin de vie. Et tu as fait le cours HerbArt pendant cette période ou pendant que tu étais au CEGEP?

V.T. : À la fin de mon CEGEP. Quand j’ai été rencontrer Mikael, je m’étais dit que j’allais travailler là seulement pendant un hiver et que j’allais retourner au jardin ensuite. Mais le jardin n’a pas rouvert et, finalement, ça allait bien avec Mikael et nous avons décidé de déménager le jardin chez lui. Du moins une petite partie; pour enseigner et montrer aux gens la culture des plantes médicinales. On a fait un labyrinthe. Je ne savais pas comment se présenterait le jardin. Je suis très cartésienne et je voyais encore des bandes en lignes ou un carré, mais Mikael disait : « Non, non, on va faire une roue de médecine ou un labyrinthe ». Je me disais : « Ah! C’est compliqué ». Ah! Ah! Ah!

J.F. : C’est certain que vous devez être très complémentaires, car quand on connaît Mikael on sait qu’il est intuitif, très artistique, et toi, tu dis être cartésienne. Vous arrivez tout de même à bien vous rejoindre, il semblerait, car cela fait 10 ans que vous êtes ensemble.

V.T. : On arrive à bien se rejoindre. Cela m’a permis de développer mon côté artistique, et je pense que je l’aide un petit peu à s’organiser. On fait quand même une belle équipe. J’avais loué une détourbeuse et quand j’ai dit à Mikael que j’arrivais le lendemain avec la détourbeuse et que je lui demandais ce que l’on faisait, il m’a dit : « Ah ! Je vais y penser ce soir. » Ce n’était pas clair encore. Finalement, quand je suis arrivée le lendemain matin, il avait fait d’un trait un trajet de labyrinthe qui fonctionnait parfaitement. On l’a donc fait. Il manquait ensuite les plantes que l’on devait aller chercher à mon jardin précédent. Dans la même période, une dame nous a appelés car elle voulait organiser avec nous une marche de la paix. On n’avait jamais eu ce genre de demande et on ne connaissait pas la dame, mais on a accepté. Elle devait arriver avec une quinzaine de personnes de Montréal qui voulaient venir marcher à Bromont avec nous. Alors, nous les avons fait marcher jusqu’à mon ancien jardin et chacun prenait une plante de son choix et ils venaient la planter dans le labyrinthe. Cela a déterminé approximativement les plantes qui allaient y être et leur emplacement. Ensuite, on a fait quelques rectifications : avec les années, certaines plantes ont dû être changées. Certaines n’ont pas passé l’hiver, ou d’autres se sont moins bien adaptés. Maintenant, c’est assez stable au niveau des vivaces qui s’y trouvent. C’est donc maintenant plus de l’entretien, et j’ai souvent de l’aide, soit de stagiaires ou de gens qui veulent apprendre et se mettre les mains à la terre.

J.F. : C’est un jardin qui est beaucoup moins grand que celui que tu avais à Brigham, car c’est dans la cour arrière d’un bungalow.

V.T. : Oui, c’est un labyrinthe qui a 14 mètres de diamètre et qui est à l’image du labyrinthe de l’église de Chartres en France. Mikael a été très inspiré par cette église. Ce labyrinthe se trouve sur le sol de l’église. Il est souvent recouvert de chaises, donc les visiteurs ne le voient pas nécessairement. Mais pendant certaines journées dans l’année, les chaises sont enlevées et on peut marcher le labyrinthe, qui a seulement un chemin. Ce n’est pas un labyrinthe où l’on se perd, mais un labyrinthe où l’on se retrouve. Qui est à l’image de notre chemin de vie. On l’appelle aussi le chemin de Jérusalem ou chemin de vie. C’est un seul chemin qui nous mène au centre. C’est représentatif de notre centre à nous. C’est un seul et même chemin qui est parsemé de détours et de longueurs. Parfois, on a l’impression d’arriver au centre, mais on se retrouve à l’autre bout du labyrinthe. Quand on regarde avec vue d’en haut, on voit que l’on est plus près du centre qu’on ne l’était, même si on a l’impression de s’en être éloigné. En continuant notre marche, on arrive vraiment au milieu du labyrinthe, au milieu du jardin qui est représentatif de notre essence, de ce que l’on est vraiment. C’est pour cela que l’on incite les gens à marcher dans le labyrinthe avec cette vision-là. Ce n’est pas seulement une visite de jardin de plantes médicinales. Il n’y a pas de pancartes pour identifier les plantes parce que ce n’est pas une marche où on est dans notre tête à vouloir identifier des plantes et connaître à quoi elles servent. C’est une marche où on est connecté avec nous-mêmes pour vivre l’instant présent. Si les gens ont des questions sur les plantes ensuite, on leur dit de venir nous voir; on répond aux questions et on parle de nos formations pour apprendre à mieux connaître les plantes.

J.F. : Au début des années 2000, si j’ai bien compris, tu as commencé une formation en naturopathie.

V.T. : Tout de suite quand j’ai commencé chez Mikael, le même automne, j’ai débuté ma formation en naturopathie. En fait, j’aimais le côté herboriste, mais je n’avais pas fait à ce moment-là une longue formation en herboristerie et je trouvais qu’il me manquait quelque chose. C’était la même chose avec les huiles essentielles. Je trouvais que c’était trop facile. Les gens viennent chez Mikael et disent qu’ils ont mal à la tête et demandent s’il y a quelque chose, et on propose la menthe poivrée. Mais je me disais : « Pourquoi tu as mal à la tête? »

J.F. : Tu voulais aller plus en profondeur. Il faut dire aussi que quand tu as fait ton cours d’herboristerie, ce n’était pas structuré comme aujourd’hui. Il y avait seulement HerbArt 1, 2 et 3. Il n’y avait pas tous les cours complémentaires qui font qu’aujourd’hui l’herboriste clinicien est l’équivalent d’un naturopathe.

V.T. : Exact. Il me manquait des outils et c’est là que je me suis intéressée au cours de naturopathie. C’est toujours un contact qui en prépare un autre et un autre, et j’ai été amenée à assister à un cours de Christian Limoges qui était au départ dans la région de Frelishburgh et donnait le cours de naturopathie à Montréal. J’ai vraiment cliqué avec son énergie et sa façon d’enseigner : très dynamique, très entraînante, très motivante. J’ai beaucoup aimé.

J.F. : Qui est Christian Limoges?

V.T. :C’est un naturopathe de Montréal qui a ouvert son école qui s’appelle Collège de naturopathie CENAB.

J.F. : Ce fut donc ton professeur en naturopathie.

V.T. : Exact. C’est un seul et même professeur qui donne les différentes sessions, sauf à un moment où Louise Labrosse est venue donner des cours d’anatomie. Ce furent de belles années. À la fin de ce cours, j’ai commencé à m’intéresser à l’accompagnement des femmes enceintes. Je m’étais donc inscrite à un cours d’accompagnement à la naissance, et là, je me suis dis que peut-être que j’en faisais trop et j’ai décidé de ne pas faire le cours. Mais finalement, je me suis rendu compte que j’étais enceinte, alors je me suis réinscrite. J’ai suivi la formation de base, et ensuite la certification en accompagnement. Je suis contente maintenant de côtoyer plusieurs femmes en préconception ou enceintes ou en postnatal.

J.F. : Donc, depuis, tu fais de la consultation, tu accompagnes les femmes en préconception, durant la grossesse, en plus du Jardin de vie. Cela veut dire que tu t’occupes de plusieurs volets. Tu fais du jardinage, du conseil… Comment se passe une semaine  pour toi?

V.T. : Cela a beaucoup changé depuis que j’ai eu mon troisième bébé. Après la naissance de mes deux premiers enfants, je suis retournée travailler un mois ou deux après l’accouchement en amenant mon bébé chez Mikael. Mais au troisième, je m’étais promise que je m’arrêterais un peu plus. Je me suis quand même écoutée. J’allais une journée ou deux par semaine chez Mikael. De toute façon, j’avais de la difficulté à tenir le rythme. Avec un troisième enfant, cela est plus exigeant. Il y a les deux autres et une avait commencé l’école. Il y a plus de lavage, il y a les repas. Je ne pouvais être autant à l’extérieur. Le fait que je sois moins à Bromont a demandé un peu de réorganisation dans l’entreprise de Mikael. Je m’occupais pas mal de tout depuis de nombreuses années. Et on n’avait pas prévu que je prendrais congé aussi longtemps; on avait peu planifié. On s’est organisés un peu avec le fils de Mikael et on est toujours dans cette réorganisation-là, qui se passe de mieux en mieux. Cela m’a permis de développer mon chemin à moi. Au départ, on avait fait un bureau chez Mikael; toutes mes plantes étaient là-bas, le séchoir et tout. Maintenant, quand je vais chez lui, je suis là pour aider à son entreprise à lui. Puis je travaille aussi à partir de la maison pour développer l’Académie que nous avons créée ensemble, où il y a des cours qui sont offerts régulièrement. Cela demande beaucoup de temps de structure, faire de la publicité, s’occuper du site Internet… Je passe beaucoup de temps à répondre aux courriels, à prendre les inscriptions. Mais je le fais maintenant à partir de chez moi et je ne vais plus chez lui pour cette partie. Toutes mes plantes ont été déménagées à Granby car mon conjoint dirige un spa (Atmosphère  Spa urbain), qui est à nous deux maintenant. J’ai accès à tous les locaux.

J.F. : Donc, les locaux de l’Académie Jardin de vie sont au spa et est-ce qu’il y a aussi un jardin?

V.T. : Non, il n’y a pas de jardin car nous sommes vraiment au centre-ville.

J.F. : Donc, quand tu parles des plantes que tu as apportées au spa, tu parles des plantes séchées?

V.T. : Oui, les plantes séchées et les teintures. Ainsi, quand je fais mes consultations, j’ai tout sur place. Je fais les consultations au spa à Granby, je n’en fais pas à Bromont. Quand je suis à Bromont, je suis là pour Mikael, pour faire ses commandes; j’aide à répondre aux clients. Je divise mon temps de cette façon.

J.F. : Tu fais de la consultation à toutes les semaines?

V.T. :J’organise mes plages horaires selon les enfants. Le lundi, nous en avons deux à la maison, le vendredi c’est la plus jeune qui est à la maison. Souvent, je suis à la maison le matin et mon conjoint l’après-midi. Nous avons une grande souplesse dans notre horaire et nous en sommes très heureux. Pour nous, cela fait partie d’une qualité de vie, de pouvoir être un peu plus à la maison avec les enfants. Je peux ainsi faire des consultations l’après-midi, et je travaille aussi deux soirs par semaine et mon conjoint deux soirs par semaine. Nous avons des matins à la maison, mais un de nous deux part le soir, car souvent les gens travaillent le jour et ont plus de disponibilité le soir. Cela prend quelques plages horaires en soirée. Le mardi et jeudi, je suis chez Mikael; le lundi, mercredi et vendredi après-midi en consultation.

J.F. : Quels sont tes premiers outils en consultation?

V.T. : C’est beaucoup l’alimentation, l’hygiène de vie. Ensuite, je fais un plan avec la personne qui consulte : on regarde ce qu’elle a déjà fait comme transformation, où on s’en va et qu’est-ce que l’on peut faire pour y arriver. L’alimentation intervient, le mode de vie et les plantes. Je prépare souvent une tisane personnalisée, une teinture personnalisée, et on se revoit par la suite pour parler des effets. Je me sers donc de la naturopathie, de l’herboristerie et de l’aromathérapie. Tout cela fait partie de mon bagage; je ne divise pas lors d’une consultation : je ne fais pas une consultation en aromathérapie seulement.

J.F. : En fonction du besoin, tu choisis les plantes, l’aromathérapie…

V.T. : J’y vais avec ce qui résonne pour la personne. Il y en a qui ne sont pas intéressés par l’aromathérapie; d’autres sont incapables de boire des tisanes. Je navigue là-dedans avec toutes les solutions possibles. Je propose des options, et on regarde comment la personne réagit.

J.F. : Tu arrives donc à vivre de tes occupations qui comportent plusieurs volets, car tu as plusieurs outils.

V.T. : Il y a une partie où Mikael est mon employeur. Il l’a été pendant plusieurs années, mais maintenant moins car c’est moins de la moitié de mes revenus. Les autres revenus sont basés sur les consultations, la vente d’herbes, car les gens me rappellent et me demandent la même tisane que je leur ai déjà préparée ou de l’échinacée ou autres. J’ai également l’accompagnement à la naissance. Je fais autant de consultation de naturopathie que des rencontres prénatales.

J.F. : Tu accompagnes pendant la naissance aussi?

V.T. : Exact. Je vais à l’hôpital avec le couple.

J.F. : C’est exigeant car cela demande une grande disponibilité.

V.T. : Oui, avec les trois enfants, pour l’instant, je fais un ou deux accouchements par mois. C’est amplement car quand il y en a deux rapprochés, cela implique souvent une nuit de sommeil manqué par accouchement. Cela demande aussi beaucoup de flexibilité de mon conjoint qui est seul pour gérer le transport à la garderie, l’école, les lunchs… Mais on a aussi de la famille proche : ma mère, mes beaux-parents sont quand même assez disponibles. Quand j’ai un accouchement, tout le monde est appelé et on s’organise. Je n’ai jamais vraiment eu de problème.

J.F. : Donc, tu vis de ta passion.

V.T. : Oui, à 100%. Je remercie toujours la vie. J’ai toujours été sur mon chemin. Je ne me suis jamais sentie hors de mon chemin. C’est comme si cela va de soi. Je n’ai jamais eu à me poser trop de questions sur ce que je voulais faire ou où je voulais aller. Je fais juste suivre ma voie et écouter mes passions. Je fais toujours confiance. Parfois, je me suis demandé où je veux aller : plus la sage-femmerie ou l’herboristerie, mais finalement je ne me pose pas trop de questions et je ne m’angoisse pas avec cela. Ce qui est bon pour moi va se présenter. Je sens toujours que je suis à la bonne place au bon moment.

J.F. : Oui, et on n’est pas obligé de se limiter à une seule activité. On a souvent plusieurs volets et c’est très bien aussi.

V.T. : C’est ce que j’aime : la diversité. J’aurais de la difficulté à faire de la consultation cinq jours par semaine. Pour moi, ce serait monotone; j’aime que ce soit diversifié. Je fais aussi de l’hygiène du côlon (irrigation du côlon) au spa. Cela me permet de faire un suivi complet en naturopathie.

Dans ce domaine, il est bon d’être polyvalent. Je pense à Cécile Normandin que tu connais. Elle fait des cours de yoga, de l’accompagnement à la naissance avec de l’herboristerie. Elle vient de terminer un cours en massothérapie. Toutes ces activités amènent à être en contact avec gens pour ensuite pouvoir leur recommander des produits que tu fais; ensuite, ils te réfèrent pour des consultations. Plus on est polyvalent, plus on va toucher de monde et on est en mesure de les aider, de les accompagner.

J.F. : On est aussi plus à l’aise car on sent que l’on est bien outillé. Peu importe ce qui se présente, on fait appel à une des approches que l’on connaît. Quand on a seulement une discipline, il arrive que l’on se sente limité. C’est pourquoi plusieurs thérapeutes ont plus d’une discipline.

V.T. : Tout à fait, et ça évolue beaucoup. Je lis constamment en herboristerie et dans le domaine de la santé et c’est incroyable l’évolution au cours des 10 dernières années. Cela ne veut pas dire que je n’étais pas une bonne herboriste, il y a 10 ans, mais j’apprends encore beaucoup. Plein de choses sont encore devant moi et je n’arrête pas de découvrir de nouveaux livres. Quand je fais mon rapport d’impôt, je vois que ma plus grande dépense est consacrée aux livres.

J.F. : Je pense que cela fait partie des traits de caractère des herboristes que d’aimer les livres d’herboristerie. C’est du moins ce que je constate chez beaucoup d’herboristes et apprentis herboristes.

V.T. : Il y a beaucoup d’autodidactes parmi les herboristes et, pour se perfectionner, cela demande beaucoup de lectures. Je préfère les livres que les sites web. Je me tanne de lire sur l’ordinateur. J’ai de beaux livres de Matthew Wood, David Hoffman. J’ai beaucoup été formée par les herboristes québécoises comme Danièle Laberge et Anny Schneider. J’étais toujours dans ce petit monde-là avec les mêmes plantes. Puis, tout d’un coup, tout un univers s’est ouvert à moi.

J.F. : Matthew Wood a toute une expérience clinique et une vision très intéressante.

V.T. : Je suis contente de dénicher des auteurs qui nous font redécouvrir la même plante que l’on utilise depuis un bon nombre d’années avec tout un autre regard, de nouvelles propriétés. C’est sans fin.

J.F. : Absolument. C’est toujours en évolution et vivant.

Habituellement, pour terminer, je demande si tu as un conseil à donner aux étudiants en formation en herboristerie. Qu’est-ce que tu leur dirais.

V.T. : Se diversifier, avoir plus d’un outil dans sa boîte à ressources. Ne pas hésiter à se mettre à jour dans son domaine. Je pense que l’on n’a jamais fini de se former. Chaque fois que j’ai une nouvelle formation ou un nouveau livre, je me sens ressourcée, j’en ressors avec de nouvelles idées, de la créativité. Cela amène de nouvelles solutions pour ceux qui ont en besoin. C’est très enrichissant. J’ajouterais aussi de ne pas hésiter à se faire voir, d’écrire dans le journal local. Depuis six ou sept ans, j’écris dans la revue Vivre. Toutes les occasions qui se présentent d’écrire, on les prend. Juste une petite chronique avec une plante simple. Plus les gens nous voient, nous lisent, plus cela nous donne de la crédibilité, de la reconnaissance. De donner aussi de petites formations de quelques heures, des conférences. Pas besoin d’attendre d’être une herboriste complète car je ne sais pas quand on l’est vraiment.

Dès que l’on est prêt à partager quelque chose, on le partage car les gens autour de nous en ont beaucoup besoin. On peut montrer comment cueillir le plantain ou les plantes autour. Dès que l’on a ces connaissances-là, on peut les partager. Et cela amène les gens à être plus autonomes dans leur santé et c’est ce que l’on souhaite. Je ne veux pas nécessairement vendre des teintures toute ma vie. Je suis contente de montrer aux gens à les faire eux-mêmes. Il ne faut pas avoir peur de trop leur en montrer et qu’ils ne viennent plus nous acheter nos produits.

J.F. : C’est stimulant de t’entendre car tu ne te poses pas trop de questions inutilement. Ta voie est là, tu la suis. Je trouve que c’est inspirant, car nous sommes dans un domaine marginal mais qui le devient de moins en moins, et plusieurs ont peur de ne pas arriver à en vivre, et je vois que toi, tu fais ton chemin avec confiance et tout se place.

V.T. : On vit tout de même simplement, mais je me sens toujours dans l’abondance. Je n’ai jamais eu de craintes de ne pas en vivre. J’ai toujours eu les bons outils au bon moment pour subvenir à mes besoins et ensuite ceux de la famille. Et c’est seulement un début. Je sens seulement que je commence. Je me sens comme une herboriste émergeante. Quand je lis Matthew Wood ou d’autres, je me dis qu’ils en savent tellement.

J.F. : On demeure humble dans ce domaine car on voit que c’est infini.

V.T. : Tout à fait. Mais en tout temps on est capable de partager. Nous avons la passion et nous irons toujours plus loin, mais les gens autour de nous n’ont pas nécessairement la même passion et ils seront contents d’apprendre que telle plante guérit tel bobo, et ils n’iront jamais aussi loin que nous. Il faut passer le message et se faire voir.

J.F. : Merci beaucoup, Véronik, pour ton partage.

V.T. : Cela me fait plaisir. Je me sens chanceuse de travailler avec Mikael en aromathérapie, qui est un domaine connexe à l’herboristerie. Il était déjà connu dans le milieu et il m’a amenée à me développer et à aller chercher ce dont j’avais besoin. C’est lui aussi qui m’aide à voler de mes propres ailes. Il me dit : « Tu as du potentiel, allez va faire de la consultation. Arrête de venir faire des commandes dans mon sous-sol. Je vais trouver quelqu’un d’autre pour cela. »

J.F. : C’est ton mentor, d’une certaine façon.

V.T. : Oui, oui. J’en suis très contente et je souhaiterais à tout le monde d’avoir un mentor comme j’en ai un maintenant.

Téléphone: 450-991-3003
Fax:
25 rue Saint-Joseph
Canada, J2G 6T5, Granby